Mission du Saint-Siège à l’ONU: le Prix «Path to Peace» au cardinal Zenari

Publié le par Patrice Kouakou

Card. Zenari © Path to Peace

Card. Zenari © Path to Peace

« Spirituellement, je sens que je reçois des ordres du « Commandant en chef », Jésus-Christ et de son lieutenant, le pape, qui me dit : ‘Vas-y !’ et j’y vais ; ‘Viens ici’, et je viens ; ‘Reste là’ et je reste », a affirmé le cardinal Mario Zenari, nonce apostolique en Syrie, en recevant le Prix « Path to Peace » qui lui a été décerné le 24 mai 2017, à New York (Etats-Unis) à l’occasion du 25ème gala de la fondation « Path to Peace ».

« Au milieu de tant d’atrocités, dans ce désert où, bien trop souvent, toute humanité semble absente, nous trouvons des floraisons inattendues d’une rare beauté », a raconté le cardinal qui a aussi évoqué les 3 millions d’enfants qui « n’ont connu que la guerre pendant leur courte vie ».

Sœur Mary Angel Acayo, elle, a reçu de la fondation Path to Peace le Prix Servitor Pacis pour son travail auprès des femmes et des filles en Ouganda. « Je ne sers pas toute seule », a déclaré sœur Acayo. « Je sers avec mes chères sœurs dans la vie religieuse. Je sers avec les survivantes qui, après avoir été aidées, veulent aider les autres à leur tour. »

La fondation « Path to Peace » honore chaque année des personnes qui oeuvrent pour la paix dans des situations où « la tranquillité de l’ordre, la solidarité et l’harmonie sociale ne règnent pas ».

Le 24 mai 2017, la fondation « Path to Peace » a honoré deux bâtisseurs de paix au cours du 25ème gala de « Path to Peace ». Plus de cinq cents participants ont entouré le cardinal Mario Zenari, nonce du pape en Syrie, lors de la remise du Prix Path to Peace pour son courageux engagement auprès de la population du pays déchiré par la guerre.

La fondation « Path to Peace » a aussi honoré sœur Mary Angel Acayo avec le Prix Servitor Pacis pour son travail auprès des femmes et des filles en Ouganda.
Après que les co-présidents Erin von Uffel et Mark Ackermann ont accueilli les invités, Mgr Thomas Wenski, archevêque du diocèse de Miami, a prononcé une allocution.

Mais avant la remise des prix, Mgr Yousif Habash, éparque de l’éparchie catholique syriaque de Notre Dame de Délivrance de Newark, a chanté la Prière du Seigneur en araméen, la langue que parlait Jésus et qui est toujours parlée parmi un certain nombre de chrétiens au Moyen Orient.

Mgr Bernardito Auza, observateur permanent du Saint-Siège auprès des Nations Unies et président de la fondation « Path to Peace »a décrit le rôle vital que la fondation a eu en permettant le travail du Saint-Siège auprès des Nations Unies depuis le commencement en 1991. Tous les ans au gala, a-t-il dit, la fondation honore des responsables qui travaillent comme bâtisseurs de paix  en soutenant des personnes dans des situations où « la tranquillité de l’ordre, la solidarité et l’harmonie sociale ne règnent pas ».

Il a déclaré qu’en honorant le cardinal Zenari comme lauréat du Prix « Path to Peace »la fondation voulait garder l’attention sur le besoin urgent de paix dans la région où le christianisme était né et s’était développé.

En tant que représentant du pape en Syrie depuis 2008, le cardinal Zenari a servi le peuple de Syrie pendant la guerre, qui dure maintenant depuis six ans et qui a directement affecté 25 millions de personnes. Dans son discours de réception du prix, celui-ci a comparé son rôle à celui d’un soldat « qui emploie les armes de la charité et de la vérité ».

« Parfois, j’ai l’impression d’être habillé comme un simple soldat en treillis plutôt qu’en tenue cléricale », a-t-il dit. « Spirituellement, je sens que je reçois des ordres du « Commandant en chef », Jésus-Christ et de son lieutenant, le pape, qui me dit : ‘Vas-y !’ et j’y vais ; ‘Viens ici’, et je viens ; ‘Reste là’ et je reste. »

Le cardinal Zenari a expliqué que la Syrie offre des occasions quotidiennes de pratiquer ce que l’Église appelle « les œuvres de miséricorde corporelles et spirituelles » qui incluent nourrir ceux qui ont faim, visiter les malades et consoler les affligés.

Parmi les plus affligés décrits par le cardinal, il y a les six millions d’enfants qui ont enduré de rudes souffrances dues au conflit, dont trois millions n’ont connu que la guerre pendant leur courte vie.

« Des milliers de parents ne savent pas où mettre une fleur en souvenir de ceux qu’ils ont aimés, ni s’il faut le faire ».

Le cardinal Zenari a raconté qu’en Syrie, où les disciples furent pour la première fois appelés Chrétiens, et où Paul a vécu sa fameuse conversion sur la route de Damas, les chrétiens ne représentent plus que deux ou trois pour cent de la population et ils sont parmi les plus vulnérables.

« En Syrie, la souffrance est universelle », a-t-il affirmé. « Tout le pays souffre : tous les groupes ethniques et religieux ont eu leurs victimes, leurs ‘martyrs’, leurs lieux de culte abîmés ou détruits. Mais en termes de vulnérabilité, les groupes le plus à risque sont les minorités, y compris les chrétiens »

Malgré la diminution de la population chrétienne, le cardinal a estimé que leur présence dans la région apporte de la valeur au pays, à la fois culturellement et sur le plan de la charité ; il a fait observer que le Saint-Siège et l’Église catholique avait offert 200 millions de dollars d’aide humanitaire, touchant plus de 4,6 millions de personnes dans la région et qu’un nombreux et courageux personnel soignant se rendait présent, prêtres religieux, religieuses et volontaires laïcs.

« Au milieu de tant d’atrocités, dans ce désert où, bien trop souvent, toute humanité semble absente, nous trouvons des floraisons inattendues d’une rare beauté », a-t-il dit, les appelant « fleurs du désert ». « Plusieurs centaines de personnes de toutes religions, et d’autres, poussées par de profonds sentiments de compassion humaine, ont donné leur vie en aidant ceux qui étaient dans le besoin ».

Sœur Mary Angel Acayo, Petite sœur de Marie Immaculée de Gulu, donne sa vie en Ouganda ; elle a reçu le Prix Servitor Pacis pour son travail de défense des femmes et des filles pendant la guerre civile en Ouganda et, depuis 2002, en construisant une culture de paix qui respecte les femmes dans la région de Karamoja en Ouganda.

« Le pape François a appelé l’Église de notre époque à être comme un hôpital de campagne en bataille, à soigner les blessures de ceux qui ont été blessés », affirme sœur Acayo, dans son discours. « C’est une des œuvres les plus importantes que nous puissions faire si nous voulons restaurer et construire la paix ».

Mgr Auza a expliqué qu’en plus du Prix « Path to Peace », la fondation reconnaissait occasionnellement des héros méconnus qui construisent la paix sur le terrain, par le prix Servitor pacis (Serviteur de la paix). Il a déclaré que sœur Acayo avait été un choix évident pour le prix lorsqu’il avait appris son œuvre pour guérir la culture trouble où les hommes « revendiquent » les femmes et les filles comme leurs épouses en les violant. La réponse typique des familles est de forcer leur fille à épouser leur agresseur, qui est souvent plus âgé de plusieurs décennies, parce qu’elles recevront des vaches en échange de leurs filles.

« Je ne sers pas toute seule », a déclaré sœur Acayo. « Je sers avec mes chères sœurs dans la vie religieuse. Je sers avec les survivantes qui, après avoir été aidées, veulent aider les autres à leur tour. »

La religieuse raconte l’histoire de Grace Achola, qu’elle a servie avec ses sœurs. Achola, en classe de troisième, avait été kidnappée pendant la guerre civile et elle avait été gardée prisonnière comme esclave sexuelle pendant sept ans, jusqu’à ce qu’elle réussisse à s’échapper avec l’enfant qu’elle portait en captivité. En plus de l’aider à guérir physiquement et spirituellement à travers des consultations, les sœurs lui ont enseigné des travaux d’artisanat pour qu’elle puisse en vivre avec son fils. Achola est aujourd’hui mariée avec un homme bon et a eu un autre enfant.

« En réponse à ce mal, l’Église ne peut pas rester à l’écart. Nous devons faire quelque chose », a-t-elle dit. « Cela va demander beaucoup de prière, beaucoup de travail, beaucoup de guérison et beaucoup d’éducation pour changer ces pratiques néfastes »

Sœur Acayon est en train de lancer un centre de consultation (« counseling ») appelé Toto Maria (Mère Marie), qui fournira un espace pour que les femmes et les filles puissent avoir des consultations en privé. Le centre fournira aussi des cours d’éducation pour les familles et les chefs tribaux afin de guérir la mentalité actuelle ‘violer-pour-épouser’. Bien que les sœurs aient déjà animé de nombreuses classes de sensibilisation en extérieur sous les arbres, le bâtiment physique fournira le caractère privé et le prestige nécessaire pour mieux rejoindre la culture Karamojong.

« Ces femmes et ces filles ont expérimenté tant de cauchemars vivants et ensemble nous pouvons les aider à s’éveiller à une nouvelle vie », a raconté sœur Mary Acayo. « Après la violence qui a marqué leur éducation, nous pouvons les aider à marcher avec nous sur le Chemin de la Paix.

À l’issue de la soirée, Mgr Christophe Pierre, nonce apostolique aux Etats-Unis, a donné la bénédiction finale en faisant remarquer le privilège d’être présent pour voir honoré deux de ses amis : en effet, il est un ancien camarade de promotion du cardinal Zenari à l’Académie diplomatique du Saint-Siège et un ami de sœur Acayo lorsqu’il était nonce en Ouganda. En quittant la réception, les participants ont reçu une icône de Jésus, Prince de la paix, en train de béni, ou de Marie, Mère de Dieu, indiquant son fils, l’enfant Jésus. Les icônes ont été « écrites » par une famille chrétienne en Syrie, dont le père a été gravement blessé pendant la guerre.

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